Nuage sur les entreprises…

Le « cloud computing » est véritablement un sujet d’actualité pour les entreprises, toutes dimensions confondues. Nouvelle tendance dans le milieu informatique, ses promotteurs le désigneraient bien comme la solution à tous nos maux informatiques. Il serait efficace, économique et écologique. Peut-être un peu trop beau pour être vrai…

Le cloud computing ?

Diagramme décrivant le cloud computing - créé par Sam Johnston

Cloud computing - par Sam Johnston CC BY -SA

Wikipedia le définit comme « un concept de déportation sur des serveurs distants des traitements informatiques traditionnellement localisés sur le poste utilisateur ». On y lit aussi que « les utilisateurs ou les entreprises ne sont plus gérants de leurs serveurs informatiques mais peuvent ainsi accéder de manière évolutive à de nombreux services en ligne sans avoir à gérer l’infrastructure sous-jacente, souvent complexe. Les applications et les données ne se trouvent plus sur l’ordinateur local, mais – métaphoriquement parlant – dans un nuage (« cloud ») composé d’un certain nombre de serveurs distants interconnectés au moyen d’une excellente bande passante indispensable à la fluidité du système. L’accès au service se fait par une application standard facilement disponible, la plupart du temps un navigateur Web. »

Il faut juste ajouter à cela que le fournisseur du service se charge d’adapter la puissance de calcul des serveurs au plus près de la demande, et facture en fonction de l’utilisation.

Se libérer des contraintes techniques

En allant un peu plus loin, on peut imaginer n’avoir plus qu’un navigateur Web et disposer ainsi, sur le cloud, de l’ensemble des applications qu’on utilisait sur son poste : messagerie (existe déjà), bureautique (existe déjà) et toutes sortes d’applications professionnelles (existent souvent déjà, selon les besoins).

Finies les galères d’installations et de mises à jour, ce sont des professionnels de l’informatique qui s’en chargent, quelque part dans le nuage !…

Et puis le contrat de service fixe le niveau de performance et de disponibilité de ces applications, on est donc a priori à l’abri des aléas…

Réduire ses coûts

Plus besoin d’acheter des machines performantes avec de gros disques, les données peuvent être déportées, elles aussi… Plus besoin non plus d’acquérir de coûteuses licences pour les logiciels, le budget informatique peut donc se reporter en grande partie sur le cœur de métier !
On ne paye que ce qu’on utilise !

Là où le nuage se charge…

Le discours marketing précédent est maintenant assez répandu sur la toile, des analystes prévoient un développement du cloud computing à un rythme de 20 ou 30% par an pour les 5 ou 10 ans à venir. Tout le monde est touché : particuliers, TPE, PME et autres entreprises de toutes tailles. C’est un marché très prometteur et quel éditeur de solution logicielle n’a pas, ou n’envisage pas à court terme d’en proposer une version cloud !
Certains n’hésitent d’ailleurs pas, au delà de l’aspect économique, à mettre en avant l’avancée écologique que le cloud promet, à une clientèle pas toujours en mesure de faire la part des choses…

La technique

Bien que contractualisé avec le fournisseur du service informatique, le niveau de performance et de disponibilité reste néanmoins tributaire du « tuyau » entre le « nuage » et votre équipement (PC, tablette, téléphone, …) : la connexion Internet.
Plus de connexion, plus d’informatique !

Selon la criticité pour l’entreprise des applications utilisées, il peut être sain de prévoir une connexion de secours. Et il ne s’agit pas que de simplement la doubler, par exemple en prenant un second opérateur Internet, lui-même connecté au même répartiteur que le premier et tout deux dépendants du réseau de « l’opérateur historique »…

Quelques compétences techniques seront donc encore nécessaires, on n’a juste transposé la difficulté technique d’un domaine de compétence vers un autre, encore plus abscons pour la grande majorité des personnes concernées : celui du réseau WAN. D’ailleurs mieux vaudra en avoir quelques-unes, de ces compétences techniques, lorsque les performances ne seront pas à la hauteur, car il faut s’attendre à ce que les différents acteurs se rejettent la responsabilité ! Le fournisseur de service cloud sur l’opérateur Internet, l’opérateur Internet sur France Télécom, et vice-versa… Un belle partie de ping-pong en perspective !

Par ailleurs, le choix et la personnalisation des applications proposées seront plus limités que ce qu’on trouve aujourd’hui à installer sur son ordinateur.
On peut aussi aborder la problématique de l’intégration des applications entre-elles, leurs compatibilités, interfaces, toujours la même complexité qu’en local, mais sans plus d’espoir d’interaction avec l’ingénierie de développement…

Car en matière d’ouverture des solutions logicielles et des formats de données, il en sera de même, voire pire qu’à ce jour. Certes des solutions Open Source existent déjà sur le cloud, mais attendons-nous à ce que la manne financière étant telle pour les solutions fermées que la proportion restera faible…

D’ailleurs rien ne change par rapport à avant, vos données dans des formats propriétaires avec les logiciels propriétaires le seront tout autant dans le cloud. Et si, pour une raison ou une autre vous n’êtes pas satisfait du service, il vous faudra trouver comment migrer ces données d’une solution à une autre ! Autant dire que, encore une fois, vous serez « prisonnier » de votre fournisseur…

Alors à tout choisir, autant opter là aussi pour les solutions Open Source !

On pourrait aussi évoquer les aspects sécurité, confdentialité…

L’économie

Vous avez déjà votre (ou vos) PC et vos licences logicielles ? Peut-être sont-ils amortis. Inutile de changer de machine(s) si vous optez pour une solution « cloud computing » !!! Les applications sont exécutées sur des serveurs performants, votre ordinateur ne sert plus qu’à afficher des écrans et saisir des données, inutile de dépenser votre argent dans du matériel sur-performant.
Sinon, si vous n’êtes pas encore équipé, c’est l’occasion de privilégier le matériel reconditionné et à défaut peut-être suivrez-vous les conseils de achetonsdurable.com ?

On l’a vu plus haut, la problématique réseau étendu doit être prise en compte, et non elle n’est pas du ressort du fournisseur de service cloud, au même titre que votre équipement informatique. Que vous traitiez vous-même le sujet ou ayiez recours à un expert, ce sera un investissement en temps et en argent… Un budget caché à prévoir.

Ensuite, votre facture devrait être calculée sur la base de l’utilisation des services du cloud. Sans doute là le point qui vaudra le moins de surprises au client, souhaitons-le.

Et puis prévoyez un budget pour la migration de vos données, dans un premier temps éventuellement pour les récupérer de votre système existant et plus tard si pour une raison ou une autre vous changez de fournisseur, par exemple parce qu’il aura fondu les plombs et/ou aura été racheté par un plus gros qui changera les termes des contrats… Une situation relativement fréquente par les temps qui courent.

L’écologie

C’est peut-être l’aspect le plus sujet à controverse. En effet, l’argument principal avancé par les fournisseurs qui se prévalent d’un nuage plus « vert » est qu’il permet de mutualiser et optimiser l’utilisation effective des moyens informatiques, c’est à dire leurs serveurs en datacenters, et ainsi réduire la consommation électrique et donc les gaz à effet de serre que cette production électrique engendre.

On sait en effet que les systèmes informatiques sont globalement très peu « chargés », entre 10 et 20%. Leur consommation électrique est donc très peu optimisée au regard de l’utilisation effective.
Ainsi au lieu d’avoir N machines physiques réparties chez autant de clients, on peut les regrouper en machines virtuelles sur un nombre inférieur de machines physiques. D’où une consommation électrique inférieure, ramenée au nombre de machines physiques. Et ce n’est pas faux !

Mais un datacenter est une véritable usine à traitements informatiques qui nécessite une grande quantité d’énergie électrique pour son fonctionnement propre, c’est à dire notamment la climatisation et l’éclairage… En plus de l’énergie nécessaire pour les serveurs, équipements réseaux, systèmes de supervision, etc…
Plus le datacenter est fiable (comprendre équipé d’équipements redondants) plus son efficacité énergétique est faible. C’est ce qu’on appelle le PUE, cet indicateur d’efficacité énergétique qui représente le ratio de l’énergie totale consommée par le datacenter divisé par l’énergie effectivement utilisée par les équipements informatiques. Le PUE actuel des datacenters oscille entre 1,25 pour les très rares meilleurs cas, au double voire plus. Et le nombre de datacenters ayant recours à des énergies non fossiles n’est pas majoritaire dans le monde, loin s’en faut. Le développement des datacenters « intelligents » est un énorme marché en développement dans différentes régions du monde, il faut bien les remplir…

En d’autres termes, il y a fort à parier que d’ici quelques mois ou années la facture environnementale, que le cloud computing prétend réduire selon ses promotteurs, s’avèrera globalement supérieure comparée à ces « simples » ordinateurs souvent déjà possédés, qui continueront de toute manière à consommer puisque toujours utilisés, qui ne nécessitent pas de climatisation et sont souvent arrêtés le soir —ce qui est très souhaitable pour réduire de 2/3 la consommation électrique (~8h au lieu de 24 !)— car, a contrario, un datacenter fonctionne 24h/24 et 7j/7…

Mais surtout…

Reste que ces aspects de la consommation électrique des machines ne sont que peu significatifs comparés au vrai problème que constitue l’énergie et les matières premières nécessaires à la production des ordinateurs.

Une récente estimation du site GreenIT.fr, sur la base d’une analyse du cycle de vie d’un ordinateur réalisée par Fujitsu, indique que « en France, il faut donc utiliser 48 ans cette unité centrale (écran non inclus) pour émettre autant de CO2 que les phases de fabrication, transport et fin de vie réunies ! ». Si on y ajoute l’écran, c’est 100 ans d’utilisation pour atteindre les 1000 à 1200 kg eq. CO2 pour un poste de travail complet.

L’argument de la réduction de l’impact environnemental par le déploiement du cloud computing, du fait de l’optimisation de la consommation électrique, donc de l’émission de gaz à effet de serre, ne tient vraiment plus !

Non seulement il est déplacé par rapport à la véritable problématique, mais au contraire, le cloud computing nécessitera la production de serveurs et autres équipements électroniques supplémentaires.

Conclusion : un marché juteux et une campagne de greenwashing

Les acteurs du secteur informatique ont bien compris qu’à travers le « cloud computing » il y avait un potentiel économique énorme. Depuis quelques mois/années, les briques s’empilent pour permettre le développement de ce marché. Le réseau Internet est en place à peu près partout, les datacenters poussent comme des champignons ici et là, les solutions logicielles s’adaptent rapidement pour être compatibles avec ce nouveau mode de fonctionnement (c’est presque un détail) et les prestataires développent des offres concurrentielles alléchantes.

Il est exact que le cloud computing permet à l’entreprise de réduire son budget d’acquisitions informatiques, la facturation est directement liée à la consommation des services contractés. Il reste tout de même quelques coûts cachés qu’il faut absolument intégrer, au risque de se retrouver sans informatique du tout pendant une période difficile à déterminer à l’avance. La multiplicité des parties-prenantes ne facilitera sans doute pas l’avancement des dossiers de problèmes opérationnels : fournisseur(s) de service cloud, opérateur(s) Internet, etc…

Enfin, l’argument du cloud computing plus écologique ne tient simplement pas lorsqu’on le confronte aux enjeux réels, la réduction de la production d’ordinateurs, activité la plus impactante en termes de développement durable. Au contraire, il y a fort à parier qu’on observera une croissance de cette production et de ses effets négatifs pour l’environnement et les hommes.

En informatique comme ailleurs, chaque nouvelle technologie entraîne son lot d’incertitudes et de questions. Il n’est pas facile de faire la part des choses, d’autant qu’on a des intérêts à ne pas trop en dévoiler.
Avant de « plonger », il n’est pas superflu de chercher à mesurer les risques associés, selon ses propres priorités, en ayant recours à des spécialistes. Un investissement souvent bien récompensé à terme…

A lire sur le sujet :

  1. Le Gartner identifie sept risque dans le « cloud computing » – Le Monde Informatique 08/07/2008
  2. Richard Stallman dénonce le caractère propriétaire du Cloud computing – ZDNet France 30/09/2008
  3. Le cloud computing, un nuage pas si vert – NOVETHIC 10/01/2011
  4. Make IT Green – Cloud Computing and its Contribution to Climate Change (pdf) – Greenpeace Mars 2010

2 réponses à Nuage sur les entreprises…

  1. mp dit :

    A lire sur le sujet : « Fabriquer un Mac Book émet 90 fois plus de CO2 que 1 an d’utilisation en France » http://www.greenit.fr/article/materiel/fabriquer-un-mac-book-emet-90-fois-plus-de-co2-que-1-an-d-utilisation-en-france-395

  2. Libero dit :

    Ceux qui ont aimé être captifs des windows, apple et consorts vont adorer le cloud !!!

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